— Nous avons besoin de l'Europe, voilà ce que nous a déclaré le général Petraeus, commandant en chef des
troupes américaines en Irak.
Besoin de l'Europe, et singulièrement de la France, pour stabiliser et reconstruire le pays, pour bâtir des hôpitaux aussi.
Au tout début du mois de juin, j'ai participé à une visite de 48 heures en Irak, sous la conduite de Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères. Visite qui, pour moi, faisait écho à d'autres visites… C’était en 1977, je m’étais rendu à Bagdad pour opérer du cœur des enfants malades.
Du grand bâtiment qui m’avait accueilli à l’époque, il ne reste rien, qu’une plaque rouillée accrochée sur un mur du nouvel hôpital Ibn Albitar : « Saddam Centre for Cardiac Surgery ».
Dans le monde nouveau où je pénètre, plus de trente ans après, je découvre pourtant des jalons… J'entends soudain une voix qui m'appelle :
— Alain !
Je me retourne, c'est Ali, un petit bonhomme tout rond qui, autrefois, avait fait un stage de chirurgie cardiaque à l'hôpital Broussais. Nous nous reconnaissons, nous tombons dans les bras l’un de l’autre.
Avec lui, je comprends que nous, les anciens French doctors, nous qui avons arpenté la planète pour porter partout le secours de la médecine, nous avons encore un rôle à jouer. Nous devons aider nos confrères irakiens, et singulièrement les chirurgiens, à retrouver un niveau satisfaisant. Et ce n’est pas une question d’argent…
— L'avenir est dans le sous-sol, ai-je entendu à plusieurs reprises dans ma courte incursion irakienne.
Car il y a le pétrole et bientôt l'Irak deviendra le second producteur du monde, derrière l'Arabie saoudite. Ce n'est pas une question d'argent, c'est une question d'hommes et de femmes. Nous devons ouvrir les bras et le cœur aux médecins d’Irak qui œuvrent, toutes communautés confondues, avec la volonté farouche de soigner des malades, de sauver des vies. Nous devons les accueillir pour des stages, les former…
Pour moi, c'était cela la leçon de ce voyage : dans un pays déchiré, les médecins sont à l’avant-garde de la paix retrouvée.




